L'e-SPORT EST-IL DEVENU UN SPORT COMME LES AUTRES ?

  • janvier 2019

L'e-SPORT EST-IL DEVENU UN SPORT

COMME LES AUTRES ?

Quand l’ordi remplace le ballon

Si l’on avait dit aux organisateurs des premiers Jeux de la Grèce antique qu’un jour, dans leur compétition officielle et très codée où seuls les Grecs avaient le droit de concourir, il y aurait un jour des compétitions de tennis féminin, de tir à la carabine ou de quelques sports collectifs que ce soit, ils auraient sûrement crié au scandale et auraient jeté ces visionnaires du haut du rocher du Typaion. De même, si en 1896, un voyageur du futur aurait assuré à Pierre de Coubertin que, plus de 100 ans plus tard, il y aurait aussi des compétitions de surf, de judo ou de beach-volley au sein des JO, que Paris accueille en 2014, il y a fort à parier que ce malheureux aurait fini ses jours dans un asile de la capitale parisienne. Une folie pas si folle que cela Pourtant, ces deux affirmations sont bien réelles. Et aujourd’hui, ceux qui militent pour l’entrée de l’e-Sport comme compétition olympique reçoivent bien souvent la même moue surprise et des yeux ronds, quand ce n’est pas une remarque désobligeante assurant que l’e-Sport n’est pas un véritable sport. Fort heureusement pour les défenseurs de cette discipline, nous vivons dans une époque où on ne jette plus les gens du haut d’un précipice dans le vide et où il en faut un peu plus pour se faire interner. Mais là encore, tout laisse à penser que l’avenir leur donnera raison, et qu’un jour des médailles d’or seront décernées aux meilleurs e-Sportifs de la planète. Car le monde de l’e-Sport a incroyablement évolué au cours des dernières années pour se professionnaliser, et n’a plus grand chose à envier des sports dits traditionnels. Pour les néophytes, l’e-Sport ne pourrait être vu que comme de simples jeux vidéo, un passe-temps pour adolescents sur leur ordinateur, voire une perte de temps pour les parents le plus rétrogrades. Pour les plus jeunes, l’e-Sport représente surtout beaucoup de fun et de parties mémorables sur Fortnite, mais n’aurait encore rien d’une compétition officielle. Pour d’autres, l’e-Sport n’existe que par le poker en ligne, et le reste n’est que bruyant divertissement. Et pour ceux qui s’y connaissent un peu mieux, l’e-Sport est avant tout une prérogative des Asiatiques, avec Corée du Sud et Chine en tête qui raflent tous les titres, ne laissant à l’Europe, au Japon et à l’Amérique du Nord que des miettes et l’honneur de participer à quelques tournois. L’e-Sport est bien plus suivi que la plupart des disciplines olympiques.

Des salles qui n’ont pas à rougir des stades

Pourtant, l’e-Sport est beaucoup plus que cela, et la France devrait être un des pays qui s’en rendra compte en premier, puisque les Mondiaux de League of Legends, considéré par beaucoup comme le jeu phare de la scène e-Sport, auront lieu cette année en France, avec une finale organisée à l’AccorHotels Arena de Paris qui fera salle comble pour l’occasion. A titre d’exemple, la finale du Mondial 2017 en Chine avait regroupé 40 000 spectateurs, sans compter les centaines de milliers de joueurs qui ont regardé la compétition en live sur Internet. Cette capacité à rassembler les foules est donc une première preuve de l’attractivité du produit e-Sport, qui compte bien plus de fans et de participants que la plupart des compétitions olympiques (canoë-kayak, taekwondo, haltérophilie, aviron et bien d’autres). Une branche un peu particulière de l’e-Sport regroupe encore plus de joueurs, même si nombre de ceux-ci ne sont qu’occasionnels. Il s’agit du poker. Que ce soit en ligne ou dans de véritables casinos, les tournois organisés par les grands noms du poker sont légions et permettent aux vainqueurs de repartir avec des millions de dollars, le tout sous les yeux de millions de téléspectateurs. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il existe de nombreuses émissions de télévision consacrées au poker en France, alors que personne n’a jamais vu de rugby à sept à la télé, hormis lors des JO. Le nombre de professionnels du poker en ligne qui gagnent leur vie grâce à cette activité ne cesse d’augmenter chaque année, et dépasse largement le nombre de sportifs qui peuvent subvenir à leurs besoins grâce à leurs seules performances à la voile ou à la natation synchronisée.

Une fascinante diversité, mais un problème à la clé

Jusqu’où ira l’e-Sport ?

Que ce soit avec League of Legends ou le poker, l’e-Sport compte déjà de nombreux adeptes, mais ceux-ci sont encore bien plus nombreux car une multitude d’autres jeux sont fortement pratiqués et voient des compétitions officielles organisées régulièrement, comme Dota 2, Counter-Strike : Global Offensive ou même FIFA. Et dans tous ces jeux, ce sont des gens qui ont sacrifié une bonne partie de leur vie sociale, de leurs études et d’un potentiel travail pour se consacrer à l’e-Sport, tout comme les footballeurs ont bien souvent dû laisser le lycée de côté pour se donner toutes les chances de réussir au foot. Et tout comme au foot, ces jeux se jouent toujours en équipe, avec chaque joueur ayant un rôle prédéfini, et seules d’intensives séances d’entraînement tactique et technique permettent à certaines équipes de devenir meilleures que d’autres. Et il existe aussi des stars dans l’e-Sport, comme le sud-coréen Lee « Faker » Sang-hyeok, que les équipes s’arrachent à coups de contrats mirobolants, tout comme un Mbappé dans le foot. Bref, l’e-Sport est un sport. Mais le principal obstacle qui empêche la participation olympique de l’e-Sport lors des prochaines années vient justement de sa trop grande diversité. Car comment décider quel(s) jeu(x) aura(ont) le droit d’être présent(s) aux JO ? Faut-il privilégier le professionnalisme d’un League of Legends, malgré le fait que tous ses meilleurs joueurs soient asiatiques et ne laissent pas grand place au suspense dans une compétition par pays (sachant que les Mondiaux de LoL sont en fait des clubs et que toute nationalité peut y être représentée de nombreuses fois) ? Ou un FIFA, joué par une plus diverse communauté, aurait-il plus sa place (sachant qu’il est loin d’être le meilleur représentant de l’e-Sport véritable) ? Et que faire du poker, qui mêle à la fois compétitions en ligne et tournois réels ? A bien y réfléchir, l’e-Sport est un sport, oui, mais même plus. Il est devenu un monde sportif à part entière. Et si la solution étaient ainsi des Jeux e-Olympiques, tout aussi officiels que les Jeux d’Eté et ceux d’Hiver, pour contenter tout le monde ?